Entre soleil et nouvelles têtes : l’été est là …

En passant Publié le Mis à jour le

soirees-folles_2

Et hop ! Un saut dans le temps de quasiment 2 mois. Les choses bougent tellement rapidement depuis que l’été a commencé que je m’aperçois qu’il est bientôt le temps pour moi de laisser la place à la prochaine mission. Notre hivernage s’est officiellement terminé le 01 novembre avec quelques nouvelles têtes à bord d’un premier avion arrivé sur la piste de glace de la base cap Prud’homme. Il nous a fallu attendre pourtant le 09 novembre, pour avoir vraiment la sensation que l’hiver était bel et bien terminé. En effet, cette année la banquise est très stable et la débâcle de l’année dernière ne semble pas être au rendez-vous. L’Astrolabe est arrivé avec pas mal de difficultés à environ 60 km de la base avant de rester bloqué dans les glaces du pack. Nous n’aurons peut-être pas le plaisir de voir l’Astrolabe à quai pour sa dernière saison en tant que navire-ravitailleur de la base Dumont D’Urville, ou en tout cas pas avant mon départ sur la rotation R2 dans un peu plus d’un mois.

Fin octobre a été l’occasion de finir en beauté notre hivernage par une soirée mémorable sur le thème de Goscinny et son univers de Gaulois. Oui ! Je suis en Menhir et alors ? Encore un moment sympa avec la participation de tous ces supers hivernants de la TA66 avant d’accueillir les nouveaux arrivants de la TA67, les jours suivants. Ce qui a été, aussi une nouvelle raison de les accueillir comme il se doit chez nous en Antarctique : autour d’un bon verre et dans une bonne ambiance!

Juste avant l’arrivée de la rotation R0, les manchots Adélie étaient de retour sur la base, de même que les premiers oiseaux marins dans le ciel. Le retour de ces manchots marque l’arrivée des beaux jours sur le continent. On en aperçoit un ou deux le premier jour, puis cinq le deuxième jour et boum !…le lendemain, ils sont quasiment tous là, à se battre pour récupérer les cailloux de leur nid de l’année passée. Ce sont d’abord les mâles qui reviennent pour fabriquer le nid le plus « beaux ». Puis ensuite les femelles, une fois que les messieurs ont bien préparé le terrain. Et bien sûr comme toujours, elles choisissent celui qui a, le mieux bossé avec les plus beaux petits cailloux, le meilleur emplacement sur la colonie… C’est que ça ne rigole pas chez les manchots Adélie. Les pétrels des neiges, les petits Wilson et les skuas sont aussi de retour de leur saison d’hiver en mer. La sensation est incroyable de revoir voler tant d’oiseaux autour de nous. La vie reprend intensément sur tout l’archipel et avec elle, les odeurs et le bruit incessant des prises de bec, tandis que les petits Empereurs et phoques grandissent doucement.

Le soleil est maintenant quasiment toujours là et nous offre de magnifiques couleurs surtout en fin de soirée. Avec l’été, nous pouvons plus facilement travailler sur le Glacier de l’Astrolabe et je ne me prive pas de participer le souvent possible aux manipulations de glaciologie que nous avons sur celui-ci. Les conditions météorologiques de plus en plus stables sont l’occasion de faire de belles randonnées en ski de fond sur la banquise et de s’enfoncer dans les lieux magiques du glacier où les icebergs prennent naissance.

L’envie croissante de rentrer est aussi là mais il est vrai que je ne sais pas si je reviendrai ici alors malgré tous les changements/ évènements de ces mois, je profiterai pour ne rien regretter de cette vie Antarctique.

Dernière ligne droite d’un isolement volontaire

En passant Publié le

Nous entamons la dernière ligne droite en ce début de mois d’octobre. On sent venir le changement un peu partout autour de nous. La manchotière se déplace énormément chaque jour et nous observons de plus en plus d’oiseaux marins revenir pour la période de reproduction. Tout ceci donne une atmosphère particulière sur l’ensemble de la base : à quand le retour des manchots Adélie ? Ces manchots surexcités qui nichent directement sur la base.

Je sens que les choses se terminent et que je n’aurai plus l’occasion de les observer de sitôt. C’est le cas des nuits polaires étoilées pleines de couleurs et de mouvement, lorsque les aurores apparaissent.

Nous commençons à mettre en ordre notre quotidien et moi le premier, qui doit penser à faire de la place au Labo3 pour accueillir très prochainement les futurs locataires de ce shelter. Le grand ménage d’octobre pour préparer la campagne d’été s’annonce. Je me rends compte que celui du mois de mars me parait paradoxalement, à la fois tellement loin et en même temps si proche. Quand on y pense, 8 mois avec un quotidien rythmé passent si vite qu’on se retrouve à devoir sauter sur toutes les occasions qui se présentent afin de pouvoir réaliser toutes les idées que nous voulions faire pendant l’hivernage. La météo aidant, nous nous éloignons toujours plus de la base pour aller sur les dernières îles encore inexplorées par nous, les hivernants de la TA66. C’est l’occasion de profiter encore de cette nature et des animaux qui l’habitent. L’occasion aussi de faire des rencontres inattendues car en effet, cette fin d’hiver est aussi la période de retour des phoques pour les naissances. Il est alors courant de croiser au détour d’un rocher ou d’une faille, plusieurs phoques de Weddell qui dorment tranquillement sur la banquise. Et parfois lorsque la chance nous sourit, nous pouvons tomber sur une mère et son petit né quelques heures ou jours avant notre passage.

Septembre officialise aussi le temps qui passe et me voilà maintenant officiellement plus vieux que les instants d’avant vécus sur ce glaçon. Et effectivement avoir passé mes 28 ans au bout du bout du monde, cela fait quelque chose ! Malgré l’éloignement de mes proches, j’ai fêté cet anniversaire dignement avec même le plaisir d’avoir un ensemble de petits présents « made in DDU » et de bonnes rigolades avec les amis autour d’un verre. Mais patience ! J’aurai bien l’occasion de venir voir les amis restés en France pour fêter ça et vous raconter un peu plus cette incroyable période de ma vie qui s’écrit encore aujourd’hui.

 

Entre festival du film et conditions météo difficiles

En passant Publié le Mis à jour le

Le festival du film Antarctique (WIFFA) se déroule tous les ans au début du mois d’Août. Il est organisé par la Station Américaine de Mc Murdo qui prend en charge la gestion de dépôt des films sur leur serveur afin de pouvoir les mettre à disposition de toutes les bases. Ce festival comprend deux catégories dans lesquelles nous avons proposé nos créations. La catégorie « OPEN » qui est une catégorie libre où l’on peut réaliser ce que l’on veut tant que la durée du film n’excède pas 5 min. Et les films de la catégorie « 48H » qui doivent être réalisés (tournage + montage), comme son nom l’indique, en 48h avec une série de contraintes (bruit, attitude, texte, objet…) à utiliser qui ne sont divulgués que 48h avant le dépôt des réalisations sur le serveur. Les contraintes sont définies par les différents gagnants de l’édition précédente. Cette année, les contraintes à inclure dans les films étaient les suivantes : 1) Un barrissement ; 2) Défilé comme sur un podium ; 3) « May the force be with you » ; 4) Un stéthoscope ; 5) Une créature légendaire.

L’OPEN a été assez vite réalisé car les idées sont arrivées rapidement. Mais le « 48h » reste une course contre la montre où toutes les idées et les bonnes volontés de la base pour réfléchir aux scénarios, aux costumes et au montage ont été nécessaires. Sur le premier week-end du mois d’Aout, un air de festival de Canne et d’Hollywood est venu rafraîchir notre quotidien, ce qui a relancé un peu le dynamisme de la base qui s’était ralenti après le passage de la MidWinter. Puis l’ensemble des personnels des bases Antarctique et Subantarctique peuvent récupérer les films en compétition pendant une semaine environ afin de les visionner et d’évaluer les différents films selon plusieurs critères définis à l’avance : meilleure musique, meilleur acteur, meilleur montage…..et meilleur film (la palme d’or du festival). Les résultats ont été divulgués mi-Aout avec l’étonnante surprise d’avoir le prix du meilleur film dans la catégorie « OPEN » pour nous, à DDU. Beaucoup de films étaient vraiment bien réalisés avec originalité, même peut être un peu trop pour certaines bases (i.e. Vostok, la base Russe au cœur du continent) d’où notre bonne surprise d’obtenir ce prix avec une large majorité des votes.

Après l’émulsion du festival, le mois d’Aout a surtout été marqué par des conditions météorologiques très variables entre un jour de beau temps suivi de plusieurs jours de neige soufflée. J’ai eu quand même l’occasion de faire plusieurs belles balades sur les îles et sur la banquise. Nous pouvons encore profiter des spectacles de certaines nuits qui restent encore magnifiques, pleins de couleurs et d’étoiles.

Le jour augmente toujours plus avec maintenant une période de jour (fin août) qui équivaut au temps de luminosité d’un mois de début novembre en Savoie. Cela fait du bien aux batteries de ressentir la chaleur du soleil sur nos peaux laiteuses. Certains oiseaux comme les pétrels géants ont pris place au-dessus de la manchotière attendant l’occasion pour venir déguster ces beaux poussins bien rondelets qui grandissent bien vite. Ces poussins commencent à s’émanciper de leurs parents et dès leurs premiers pas, ils doivent lutter à la fois contre les conditions météo difficiles et les prédations.

Devenir un manchot Empereur adulte n’est pas chose facile en fin de compte ! L’ambiance n’est pas toujours chaleureuse sur la manchotière lorsque les poussins meurent de froid à la pelle car leurs parents sont retournés en mer se nourrir. Le cœur se sert quand on tombe sur un poussin qui commence à geler et qui meurt doucement sans que nous ayons le droit d’intervenir….la nature est ainsi faite, belle mais impitoyable. Heureusement, plusieurs arrivent à supporter ces conditions et même commencent à s’organiser instinctivement, comme leurs aînés, en petites « tortues » pour se protéger collectivement du froid.

La fin de l’hiver arrivera vite avec l’annonce du premier bateau dans à peine deux mois, qui nous apportera avec lui de la nouveauté et même peut être, des colis. Pour ceux qui aimeraient me faire parvenir un colis de vos envies, vous trouverez ci-dessous la nouvelle adresse postale de la base :

Alfred Le Manchot
Base Dumont D’Urville
District de Terre Adélie
T.A.A.F
via ROISSY HUB
BP 17615 Cargo 7
95724 Roissy CDG CEDEX

Attention aux dates d’envoi des colis, car comme indiqué la dernier fois, je repartirai sur la rotation R2. Il serait donc dommage que je profite de vos colis entre deux tangages de l’Astrolabe en direction de la Tasmanie.

En Juillet fait ce qu’il te plait mais prend une petite laine quand même !

En passant Publié le

Nous avons eu un mois de juillet particulièrement dantesque méthodologiquement parlant avec des semaines entières confinées sur la base, sans pouvoir profiter du rallongement des jours. Les personnes et le matériel ont bien souffert surtout en début du mois où nous avons eu des journées autour de -30°C en température absolue suivies par une semaine où le vent n’est jamais descendu en dessous de 100km/h. A cela venait s’ajouter une fréquence très élevée des périodes de vents catabatiques qui ont atteint les 210km/h en rafales. Nous sommes alors bien peu de choses face à de tels éléments naturels. Ce qui n’est pas nécessairement le cas de tous quand on voit le comportement de la colonie de manchots Empereurs très bien adaptée pour affronter ces éléments, tout en protégeant leur précieux œuf.

Au cours de ce dernier mois, les premiers poussins ont commencé à sortir leur bec de la poche ventrale, bien chaude de leur parent. Avec l’augmentation de luminosité, l’agitation sur la colonie se fait de plus en plus présente. On entend maintenant, en plus des vocalises habituelles des Empereurs adultes, les cris des poussins qui demandent à être nourris pour pouvoir affronter rapidement le monde extérieur. Les allers-retours des parents pour se ravitailler en mer et nourrir les poussins sont alors incessants. Malheureusement, malgré le dévouement des parents, certains poussins ne résistent pas à la rudesse des conditions météorologiques de ce mois et il est courant d’observer des morts gelés autour de la colonie. Pour ces animaux, la vie commence par une lutte contre la sélection naturelle. Je continue toujours à être émerveillé par ces animaux incroyables. Les Empereurs n’ont pas vraiment peur de l’homme, ce qui d’une certaine manière, complique parfois les manipulations des ornithologues. En effet, très rapidement quand on s’immobilise doucement au niveau de la colonie, des individus bien trop curieux s’approchent à une distance de bras de nous. Nous pouvons alors contempler la beauté du plumage de ces oiseaux qui peut prendre différentes couleurs allant du jaune-orangé au niveau du cou aux couleurs bleutés du plumage noir de leur dos. Mais ce nombre d’individus devient parfois tellement important, qu’il n’est même plus possible d’effectuer tranquillement certaines manips ou de simplement prendre une photo sans avoir  « M. Le curieux » en premier plan !

Avec le retour du soleil, il est maintenant possible de faire des balades bien plus longues sur la banquise. C’est l’occasion d’aller découvrir ces îles situées à quelques kilomètres de la base, que nous avons regardé au loin pendant les 4 premiers mois de l’hiver. Lors des ouvertures météo il est même très agréable de s’éloigner assez pour voir disparaitre l’île des pétrels derrière ces immenses icebergs. Notre présence sur ce lointain bout de glace devient alors insignifiante par rapport aux imposantes falaises culminantes à 30m au-dessus de nous têtes ou à l’étendue infinie de la banquise sous nos pieds. La beauté de ce continent se découvre petit à petit, au fil des itinéraires dans l’archipel. Les formes, les couleurs sont de toutes sortes et de toutes les dimensions, il suffit parfois juste de prendre le temps de regarder. Une chose que je redécouvre depuis ces derniers mois.

balade_4

Pourtant, le temps défile rapidement avec déjà les discussions sur nos rotations de retour avec l’Astrolabe (rotation R2, fin janvier 2017 pour moi) et les premières informations concernant nos successeurs, qui arriveront bien vite début novembre. Mais n’hésitez pas à m’envoyer du courrier et des colis sur les rotations R0 et R1 dont je vous transmets les dates d’envois en métropole.

dépèches_postales Terre Adelie_2016-2017

Au plus noir des jours, de la bonne humeur et de la légèreté pour la MidWinter

En passant Publié le

Le mois de juin est particulier en Antarctique. En effet, celui-ci marque le cœur de l’hiver australe avec les périodes de jours les plus courtes mais surtout, pour nous les hivernants, le passage de la moitié de notre hivernage (MidWinter). Celui-ci est fêté précisément le 21 juin sur toutes les bases antarctiques, et est souvent accompagné d’une semaine de vacances pour les services techniques avec des soirées toutes plus folles les unes des autres. A cette occasion, le Directeur de District de la Terre Adélie (DisTA) est remplacé, pour une semaine par le fameux OnzeTA. Son élection est réalisée la semaine précédant la MidWinter. Au cours du mois de juin, la campagne électorale fait rage pendant 2 à 3 semaines avec la constitution de différents partis qui proposent leur vision de l’organisation de la base et des activités pour la semaine de la MidWinter. Cela nous a permis de nous confronter à des débats d’idées pleins d’humour malgré certaines tensions qui pouvaient naître à l’approche de l’élection.

happy_MidWinter_2

Nous avons été plusieurs à participer au parti UTOPIA afin de créer un monde d’Utopie sur cette base du bout du monde. Malheureusement, les résultats des urnes ne nous ont pas permis de mettre nos idées en place. La période de campagne a été très amusante et riche en propositions de tous genres comme la mise en place d’un service « Bouillote » pour les gens qui veulent avoir leur lit chaud juste avant d’aller dormir ou le partage d’une bonne bière brassée à DDU. Une fois l’élection terminée, notre chef de District a été mis au repos pour une semaine, marquant ainsi le début de la MidWinter. Une semaine de fête et de jeux s’est alors déroulée du 19 au 25 juin. Une semaine éreintante qui voit s’enchainer la préparation des déguisements et des décors pour les différentes soirées. Un vrai rythme d’animateur de colo ! Avec la passion de Monsieur le Menuisier pour le médiéval, nous avons essayé de recréer un repas d’autrefois en se basant sur des recettes les plus authentiques possibles. Les cuisines ont été mises à notre disposition pour cela, ce qui a donné des moments de franche rigolade et un repas pas trop mal réussi.

Les températures stratosphériques sont proches de -80°C, qui est l’ordre de grandeur des températures de formation des fameux nuages stratosphériques polaires (PSC). Ces nuages sont étudiés à nos latitudes car ils entrent dans le cycle de destruction de la couche d’ozone stratosphérique. Des tirs LIDAR sont alors réalisés à chaque nuit claire afin de pouvoir les détecter. Ces nuages sont rarement visibles à l’œil nu car ils se situent dans la haute atmosphère à plus de 20km d’altitude. Mais il est possible d’en apercevoir 2 ou 3 heures avant le lever du soleil car en raison de leur altitude, ces nuages reflètent la lumière du soleil, bien plus tôt que les cirrus, au cœur de la nuit polaire. J’ai espoir qu’avant mon départ je puisse apercevoir ces nuages nacrés sortir de la nuit. Mais nous pouvons déjà profiter des belles photos que procure la présence du laser pointé vers le ciel. Nous sommes aussi dans la période où le ciel s’habille d’aurores toujours plus intenses et de matins de début de semaine où la voie lactée est encore visible avant de se coucher sur le continent. La nature est toujours aussi magnifique malgré le cœur de l’hiver. Et depuis début juillet, nous avons eu l’annonce de la naissance des premiers poussins d’Empereurs. Vivement le moment de pouvoir aller les voir sous le duvet bien chaud de leur parent.

©Photos Benjamin Golly, Laurent Baudchon

Avec le vent, l’eau se fige en glace pendant que le temps passe…

En passant Publié le

 

Mai s’est écoulé au rythme de la lente solidification de la banquise. A partir de la moitié du mois, nous avons commencé les forages en direction des îles voisines de l’île des Pétrels. Ces forages nous permettent d’estimer l’épaisseur de la banquise et la nature de celle-ci. L’accès à la banquise autour de la base a pu être autorisé jusqu’aux premières îles à savoir Gouverneur, Bernard, Le Mauguen et Lamarck. Il est incroyable d’imaginer que nous marchons sur l’eau qui était encore liquide il y a, à peine 3 mois. Nous pouvons enfin profiter des courtes périodes de jours pour organiser des excusions sur la banquise et rassasier notre curiosité, en allant voir de plus près ces icebergs que nous avons longtemps dévisagés par les vitres du séjour, ces derniers mois.

Approchant de la fin du mois et voyant que la banquise est maintenant assez épaisse, j’ai eu l’autorisation, de traverser en direction de la base de Prud’homme pour réaliser le suivi des mesures d’accumulation sur le glacier. C’est un moment étrange, d’être la première équipe à effectuer les 5 km de banquise qui nous séparent de la base Franco-Italienne fermée depuis la fin de la campagne d’été. Un calme se dégage de cette base endormie depuis 3 mois qui disparait petit à petit aux grés du vent et de la neige soufflée qui dévalent le glacier. Ce déplacement jusqu’à Prud’homme n’est pas si facile car il faut pouvoir rester quasiment 6 heures dehors, et effectuer les 10km aller-retour entre les deux bases restent éprouvant pour certains de mes compagnons d’expédition. Mais cela n’a en rien altéré le plaisir que nous avons d’être au milieu de cette nature intense avec la sensation d’être les seuls hommes, à plus de 1000 km alentours, à porter notre regard en direction du plateau Antarctique.

La semaine dernière, lors d’une sortie sur Prud’homme, nous avons rencontré régulièrement des variations de texture de la banquise. En effet, depuis fin mai/début juin, le vent a fortement diminué avec une augmentation des précipitations de neige. Or, malgré les températures très basses, la banquise se consolide principalement grâce au vent. Ainsi, la couche de neige isolant la banquise de l’air extérieur et le manque de vent entrainent actuellement une modification forte de celle-ci avec l’apparition de plus en plus de zones de « sorbet humide» et la disparition de la « glace dure ». Cette liberté de déplacement n’a été alors qu’éphémère ce qui annonce une seconde partie d’hiver alternant entre augmentations et restrictions du périmètre de déplacement pour des raisons de sécurité.

Pour le reste, la manchotière se porte toujours bien avec la période de passations d’œuf qui se déroule actuellement. Pendant les prochains mois, les mâles restent gênés avec l’œuf entre leurs pattes bien au chaud pendant que les femelles retournent se nourrir en mer. Les conditions météo ne sont pas nécessairement faciles mais ces animaux sont particulièrement bien adaptés à leur environnement. Pour pouvoir se protéger du froid, ils s’organisent en « tortue » plus ou moins importante pour que chaque manchot puisse profiter de la chaleur de ses congénères. Un déplacement subtil des individus entre le cœur de la tortue et l’extérieur permet au manchot de réguler leur température. La température au centre des tortues est étonnamment élevée avec une moyenne autour de 37°C.

Parfois, j’aimerai être l’un d’eux pour profiter d’un tel confort de température au lieu d’utiliser ces « chaufferettes chimiques» pour éviter que mes doigts ne gèlent. Elles me sont pourtant bien utiles durant les nuits où je reste contemplatif devant ces silencieux spectacles de lumière que sont les aurores surmontées de leur plancher d’étoiles. Certains matins sont tout aussi incroyables avec le plaisir de commencer une journée de travail en observant une légère aurore qui persiste encore à se montrer malgré l’arrivée du jour.

©Photos Benjamin Golly, Clément Cornec, Olivier Delclos et François Brignon

L’hiver en Antarctique entre nuits polaires et Manchotières

En passant Publié le

Le réveil sonne autour de 6h45 dans la chambre N°15. Au bout de 15min de rappel, j’arrive enfin à m’expirer de mon lit pour me jeter dans une douche que je sais salvatrice pour démarrer correctement mes journées. L’ambiance à l’extérieur ressemble à la pire période de l’année en Savoie avec de la nuit le matin en se levant et de la nuit en rentrant le soir. Nous n’avons maintenant que 6h de soleil s’il n’y a pas de nuages avec un horizon dégagé. Nous perdons rapidement de la luminosité avec environ 7 min par jour de soleil en moins. Le creux de la vague se trouvera autour de fin juin normalement avec quelques jours de nuit quasi-totale. Nos corps ont alors du mal à se mettre en marche le matin. Les petits déjeuners sont souvent silencieux maintenant. On parle parfois de vous qui entrez dans la belle saison avec l’arrivée du printemps, de l’odeur de cette nature qui se réveille alors que nous entrons dans les nuits polaires.

La banquise a dû mal à se reformer. Nous connaissons depuis 3 semaines des périodes de grands froids qui reforment rapidement la banquise suivies par des périodes de tempêtes et de fortes marées qui la disloquent en quelques heures. Une polynie (zone d’eau libre au sein de la banquise) s’est formée au large de la base. Notre périmètre de sécurité pour s’évader reste encore très restreint. Heureusement, nous pouvons aller régulièrement derrière l’île Rostand où se trouve la manchotière des Empereurs. L’ambiance y est vraiment particulière avec un calme incroyable alors que l’activité à l’intérieur de celle-ci y est pourtant intense. En effet, ces pépères sont en pleine parade amoureuse. La manchotière est un peu leur rendez-vous annuel pour la survie de l’espèce. Chaque Empereur essaie de retrouver son partenaire en identifiant son chant dans le brouhaha permanent. Nous assistons régulièrement au premier accouplement et depuis 2 semaines, nous avons les premiers œufs qui commencent à apparaitre sous le duvet bien chaud des femelles. Les passations d’œuf entre les femelles et les mâles ont lieu en ce moment. Les premières femelles retournent à l’eau se nourrir laissant ainsi les mâles jeûner pour s’occuper de l’œuf pendant les prochains mois.

Avec l’intensité des nuits qui augmente, nous pouvons enfin apercevoir les fameuses Aurores Australes. Ce phénomène lumineux incroyable caractérisé par l’apparition d’un voile drapé, légèrement laiteux au cœur des nuits étoilées. Les aurores australes se forment en raison de l’interaction entre les particules chargés du vent solaire et la haute atmosphère. Elles sont souvent observées lors d’une importante activité solaire conduisant à des variations du champ magnétique de la Terre communément appelé « les tempêtes magnétiques ». Nos yeux ne peuvent, malheureusement pas voir l’ensemble du spectre lumineux mais leurs couleurs et leurs formes se révèlent à nous par l’intermédiaire de nos appareils photos et de la qualité de nos paramètres de prise de vue. Je passe de long moment à l’extérieur pour les observer danser au-dessus de nos têtes. Parfois l’aurore est assez intense pour que nous puissions profiter du spectacle par nos propres yeux. Ce sont des moments rares mais plein de profondeur qui justifient que pour beaucoup d’entre nous, affronter le froid et la fatigue des nuits courtes ne nous découragent pas à sortir régulièrement. Les nuits polaires sans nuage, nous offrent aussi un plafond étoilé magnifique dans lequel la voie lactée se montre comme jamais je ne l’avais observé.